Karim III conquit Madrid

Posted on août 28,

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C’est la Benzemania. Après Cristiano en 2009 et Özil en 2010, c’est au tour de la Benz d’être le Roi de Madrid en cet été 2011. Tout Madrid s’est rendu devant le jeu de la Benz en cette présaison from LA to Berlin en passant par la Chine. Avant de disputer sa troisième saison avec le Real, Karim 3.0 a reconquit son trône : en trois batailles rudement menées, le saladin est indiscutablement redevenu le 9 titulaire de la Maison Blanche en ce début de saison.

Première bataille : la presse madrilène.

En 2011, les matchs de préparation du Real se jouent principalement à Los Angeles et à Pékin. C’est-à-dire très loin, et à 4h du matin heure espagnole. Dans ce contexte, lire As et Marca est la seule façon de suivre la Mou Team pour le peuple madridiste. Au vu de la campagne pro-Neymar de cet été, on n’aurait donc pu croire que Benzema n’allait pas avoir le soutien nécessaire. Bilan : 9 couvertures en un mois, plus que Cristiano. Pourtant, CR7 a fait ce qu’il fallait en enquillant ses 6 buts jusque là. Mais Marca sait que le Real ne peut plus continuer à se reposer sur le Crist, le Real a besoin d’un (autre) killer et ainsi Marca l’a décidé : ce killer sera Benzema. 
Il faut dire que les statistiques parlent pour lui : au lendemain du succès 7-1 contre Guangzhou, les journalistes de la capitale affichaient fièrement le 6/6 du Français de 24 ans. C’est à dire 6 matchs, 6 victoires, 6 buts, 6 passes décisives. Bim. Jeu, set et match. La Benz a préparé cette saison 2011/2012 avec son moteur AMG. Après le Trophée Bernabéu de dernier mercredi, Benzema version Summer 2011 aura planté 10 buts et délivré 9 passes décisives en 10 matchs.

Deuxième combat, le plus important : Mourinho.
Après toutes les rumeurs de départ suite à la frustration emmagasinée sur le banc lors des 3 derniers clasicos du mois de mai et les points d’interrogation autour de l’utilisation de son profil dans les systèmes du Mou, beaucoup parlaient d’une Benz-et-Mou incompatibilité. Trop différent de Drogba ou Milito, on lui prédisait un avenir radieux à Arsenal. Mais Benzema a quelque chose de spécial. En 2009, il choisit avec le Real de Florentino le projet le plus risqué, à croire qu’il cherche la pression. Un type de 21 ans qui pense qu’il peut s’imposer directement dans le plus grand club du monde, et dans un contexte si compliqué face au meilleur Barça de l’histoire, il a des couilles. Et il ne les a pas perdues depuis : l’an dernier, Mourinho répète sans cesse aux journalistes que « Karim doit travailler, travailler, travailler ». Et Karim travaille : en 2010-2011, il plante 27 buts, dont 6 en Ligue des Champions, et réalise une deuxième partie de saison « presque parfaite » selon lui. Pas suffisant pourtant pour devenir titulaire indiscutable en mai dernier, « là où ça compte »… Le français n’abandonne pas et continue à travailler. Au retour des vacances, il arrive à Valdebebas avec 7 kilos en moins par rapport à la même époque en 2010. Benzema va plus vite, plus haut et plus fort. Après deux semaines de préparation, Marca titre « BENZEMOU », le Portugais est convaincu : sur les deux Clasicos de Supercopa, la Benz joue 83 et 97 minutes, marque une fois et délivre deux passes décisives. « Là où ça compte ».


Troisième étape : le Bernabéu et le madridisme.
Il ne suffit pas de laisser deviner des airs de Zizou pour convaincre le public le plus exigeant de la planète foot. Si même Cristiano a le droit de recevoir quelques critiques malgré ses 100 buts en 111 matchs, alors Benzema n’a strictement rien prouvé en marquant 36 buts en deux saisons. Si le leader historique du Real porte le numéro 7 (Di Stefano, Butragueño, Raul, Cristiano), le 9 est aussi chargé d’histoire (Hugo Sanchez, Davor Suker, Morientes, Ronaldo, Cristiano). « Il a du talent, mais… le falta sangre » entend-on partout à Madrid. Traduction littérale : il lui manque du sang, c’est-à-dire qu’il n’a pas suffisamment la dalle. Benzema ne fait pas l’unanimité. Dans Marca le 28 juillet, le très polémique José Vicente Hernaez écrit : « Benzema garde un on-ne-sait-quoi qui ne te permet pas d’avoir pleinement confiance en lui. (…) Son visage n’est pas celui d’un killer comme celui de David Villa, mais plutôt celui du type qui te demande de l’argent à la sortie du supermarché. On ne sait pas s’il est content ou s’il souffre, s’il a froid ou chaud. » Avant de conclure sur une note plus positive : « Même ainsi, ça reste un phénomène ».
Mais ses prestations de présaison ont changé la donne, et la veille du match aller de Supercopa au Bernabéu, 9 lecteurs de Marca sur 10 le veulent à la pointe de leur attaque. Attention, ce n’est pas une consécration, mais seulement une preuve de confiance, ou plutôt une mise à l’épreuve. Tout le monde l’attend au tournant dans ce double Clasico. Et le français ne déçoit pas. Au Bernabéu, ses touches de balles sont limpides, il élimine Abidal comme si c’était une formalité et se permet de faire danser Mascherano. Il reçoit les ballons comme il faut et les redonne là où il faut. Et reste finalement à deux doigts de marquer à trois reprises. Mais qu’importe, quand il sort à la 83e minute, le Bernabéu est debout. Standing ovation. Si Messi et ses deux coups de génie n’avaient pas été là ce soir-là, on aurait presque pu entendre le Bernabéu crier « MVP ! MVP ! MVP ! ». Le matin du retour du Camp Nou, Marca met un gros coup de pression, histoire de le tester encore un peu plus : « Benzema a des comptes à rendre, il n’a jamais marqué contre le Barça ». Le soir, après un match difficile, il finit par égaliser à la 80e avec un but de mec qui a la dalle. Le mendiant inoffensif du supermarché a enfin laissé sa place au goleador assoiffé de sang. 

Karim le vétéran
« Bien dans les jambes, bien dans la tête » : après deux saisons sous le maillot blanc, Benzema le dit lui-même dans As le lendemain du match aller de Supercopa : « je commence à faire partie des vétérans ». Un vétéran de 24 ans qui a déjà planté 37 fois pour le plus grand club du monde, et qui a reconquit son trône. Son trône ? En 2009, quand Florentino dépense 35M pour l’ex-Lyonnais, la stratégie est simple : le Real veut acheter son buteur pour les 10 prochaines années. Exit les idées Rooney, Ibrahimovic et Forlan. Karim a 21 ans, c’est un pur buteur et sa classe sur le terrain est digne de celle de l’Histoire de Madrid. Eh oui, le Real et Benzema n’ont pas signé un contrat de 6 ans pour rien : s’il peut exister un nouveau Ronaldo, alors ce sera lui. Après les trois batailles estivales gagnées, seule sa saison nous dira s’il a pu gagner la guerre : être le 9 qui ramènera à Cibeles la tant attendue Décima.

Markus

Posted in: Liga, Real Madrid